La Caillette, olive niçoise

Les olives, c'est comme les Hommes : elles ne sont pas toutes de la même couleur, certaines sont petites et fermes, d'autres volumineuses et charnues, sèches ou juteuses, fades ou piquantes.
A Nice, les fruits du cailletier donnent la caillette, une petite olive noire à la chair ferme et au goût un peu acidulé.
Elle accompagne traditionnellement la salade niçoise, la pissaladière, les tomates-basilic-huile d'olive … En apéritif, c'est un délice, elles se picorent avec un petit goût de " reviens-y " (faites gaffe aux noyaux quand même).
Vous voulez du cliché ? vous en voulez ? hum ? Imaginez-vous en fin de matinée, le soleil est chaud (mais pas encore trop). Vous vous êtes levés tard, les enfants jouent, et puis, tout à coup une voix se fait entendre : " ça serait pas l'heure de l'apéro là ? " Mais si ! bien sûr que c'est l'heure, et puis même si ça n'avait pas été l'heure, on aurait fait un effort.
Là, vous vous installez sur la terrasse, les glaçons dans votre verre décrivent des cercles en mélangeant harmonieusement votre boisson anisée préférée et vous serez entre le pouce et l'index une petite pique qui ne demande qu'à embrocher une tomate séchée et un morceaux de fromage. Alors, tel un matador prêt à abréger les souffrances du saucisson déjà tranché, vous levez votre verre qui vient délicatement choquer celui de vos amis et famille réunis dans cet instant de parfaite communion. Mais soudain, un rai de lumière, transperçant votre breuvage vient vous éblouir. Tout s'enchaîne à une vitesse incroyable : vos yeux brûlent, votre tête se met à tourner, vous vous renversez violemment de votre chaise qui casse net. Cinquante centimètres plus bas, votre corps n'est plus que douleur : votre coccis se retrouve étrangement au niveau des lombaires, vous vous êtes crevé un tympan avec la pique que vous n'avez voulu lâcher pour rien au monde, le pastis inonde votre visage et remonte dans vos narines, vous étouffez et vos copains se foutent de votre gueule dans des hurlements stridents qui ameutent vos enfants qui seront traumatisés à vie par cette vision apocalyptiquement honteuse.
Et là, telle une lumière divine après le déluge, une caillette restée en équilibre sur le bord de la table tombe sur votre joue et roule jusqu'à votre gorge … ah ! sauf qu'allongé sur le dos comme un cancrelat kafkaien, vous avez peu de chance de faire le mariole. Vous vous étouffez avec l'olive providentielle qui laisse deviner chez vous une poisse de classe internationale … je vous avais bien dit de faire gaffe aux noyaux !
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